À 20 ans, Jeanne Desserre a quitté Berlin pour rejoindre Teranga, à Schifflange, et y effectuer un volontariat européen dans le cadre du Service national de la jeunesse (SNJ). Pendant près d’un an, elle a accueilli le public, participé à la communication du lieu et imaginé ses propres activités autour de l’alimentation et de l’environnement.

Son parcours met en lumière une dimension parfois moins connue de SOS Faim. Si le soutien aux organisations paysannes en Afrique est au cœur de notre action, nous agissons également au Luxembourg pour sensibiliser les citoyen·nes et donner aux jeunes les moyens de s’engager. À Teranga, la Maison de la transition alimentaire, les jeunes peuvent apprendre, expérimenter, prendre des responsabilités et, à leur tour, transmettre ce qu’ils ont découvert.

 

Jeanne, comment es-tu arrivée à Teranga ?

Jeanne Desserre : Après mon baccalauréat, je souhaitais prendre une année pour m’engager dans un projet. En Allemagne, il est assez courant que les jeunes effectuent un volontariat dans les domaines social, culturel ou environnemental avant de commencer leurs études. Je savais donc que je voulais vivre cette expérience, si possible dans un autre pays européen.

J’ai découvert Teranga sur le portail du Corps européen de solidarité, qui permet aux jeunes de s’engager dans des projets d’intérêt général en Europe. Je ne pensais pas spécialement venir au Luxembourg au départ : j’avais aussi regardé des missions en France, en Grèce, en Italie ou en Espagne. Mais le projet de Teranga m’a immédiatement intéressée par son lien avec l’écologie, l’alimentation et la sensibilisation du public. J’ai aussi compris que je pourrais y proposer mes propres idées, et pas seulement exécuter des tâches déjà définies.

 

En quoi consistait ton volontariat au quotidien ?

Jeanne Desserre : Mes missions étaient très variées. Lors des permanences, j’accueillais les personnes qui entraient à Teranga, je leur présentais le lieu et je participais à son fonctionnement quotidien. J’aidais également à préparer les ateliers et les événements, à installer les espaces et à gérer le matériel.

Une autre partie de mon travail concernait la communication. Je préparais notamment des publications pour les réseaux sociaux, des agendas présentant les prochaines activités, des affiches ou encore des textes destinés à différents supports. Comme j’aime beaucoup écrire et que je souhaite m’orienter vers le journalisme, cette dimension m’a particulièrement plu.

Enfin, j’ai progressivement eu la possibilité d’imaginer et d’animer mes propres activités. C’est là que j’ai réellement pris conscience de toutes les étapes nécessaires : trouver une idée, l’adapter au public, prévoir le matériel, effectuer les achats, communiquer, accueillir les participant·es, puis analyser ce qui avait bien fonctionné ou pouvait être amélioré.

 

Quels projets t’ont particulièrement marquée ?

Jeanne Desserre : J’ai imaginé un atelier consacré à la fabrication de sorbets. L’idée était de partir du produit brut et de suivre toutes les étapes de sa transformation. Nous sommes donc allés cueillir des mûres avant de préparer ensemble le sorbet. J’avais également disposé des fleurs comestibles provenant du jardin de Teranga afin de faire découvrir aux participants ce que l’on peut cultiver et manger autour de nous.

J’ai ensuite organisé un atelier de préparation de thés glacés à partir d’herbes présentes sur les terrasses de Teranga, comme la sauge ou l’estragon. C’était la première fois que je concevais et animais seule des activités de A à Z. J’étais stressée, mais les retours ont été très positifs. Une maman m’a notamment expliqué que son fils de cinq ans avait adoré participer à toutes les étapes de l’atelier. Cela m’a beaucoup touchée.

Ces expériences m’ont montré que l’on apprend plus facilement lorsque l’on peut observer, toucher, cueillir, préparer et goûter soi-même.

 

Tu as travaillé avec des enfants. La transmission est-elle différente selon les publics ?

Jeanne Desserre : Oui, complètement. Nous avons organisé plusieurs activités avec des maisons relais. Avec de jeunes enfants, il faut rendre les sujets très concrets, laisser une place importante à la créativité et trouver une manière ludique de les faire participer. On ne transmet pas un message de la même façon à un enfant, à un adulte ou à une personne qui connaît encore peu les enjeux liés à l’alimentation et à l’environnement.

J’ai appris qu’il fallait prendre le temps d’écouter et d’expliquer, sans attendre que les personnes changent immédiatement d’avis. Une discussion ou une activité peut pourtant semer quelque chose. Même lorsqu’une personne ne le dit pas sur le moment, ce qu’elle a découvert peut continuer à cheminer.

C’est ce que j’apprécie à Teranga : on ne cherche pas seulement à donner des informations. On crée des occasions de se rencontrer, d’expérimenter et d’échanger. La transmission devient alors quelque chose de vivant.

 

Qu’as-tu appris sur toi au cours de cette année ?

Jeanne Desserre : J’ai surtout gagné en autonomie et en confiance. C’était la première fois que je vivais loin de mes parents et dans un autre pays. J’ai dû apprendre à me débrouiller seule, à partager un logement avec d’autres jeunes et à trouver ma place dans un nouvel environnement.

Au fil de mes missions, je suis aussi devenue plus structurée. Au début, je ne savais pas forcément tout ce qu’il fallait anticiper pour accueillir du public ou organiser une activité. Aujourd’hui, j’ai acquis des réflexes : je sais comment préparer un atelier, répartir les tâches, m’adapter lorsqu’un imprévu survient et assurer le suivi après l’événement.
Le fait de travailler avec un autre volontaire a également été très important. Nous pouvions partager les responsabilités, échanger nos idées et apprendre l’un de l’autre. Une véritable amitié s’est créée. Plus largement, la vie avec d’autres jeunes venus d’horizons différents a beaucoup enrichi mon expérience.

 

Cette année à Teranga a-t-elle changé tes projets pour la suite ?

Jeanne Desserre : Elle n’a pas changé mon envie de travailler dans le journalisme ou dans un métier lié à l’écriture. En revanche, elle m’a donné la certitude que je voulais continuer à m’engager dans une association, pendant mes études ou plus tard dans ma vie professionnelle.

À Teranga, j’ai rencontré des personnes très différentes et découvert ce que l’engagement pouvait apporter à une communauté. On voit concrètement l’utilité de ce que l’on fait. Cela donne du sens et l’envie de poursuivre.

À la personne qui prendra la relève, je conseillerais de profiter de cette année pour essayer des choses qu’elle n’aurait jamais osé faire auparavant. Un volontariat est une occasion rare de sortir de sa zone de confort, de proposer ses propres idées et de découvrir ce dont on est capable.