Découvrez les actions menées par SOS Faim en 2025, les temps forts de l’année, les résultats obtenus avec nos partenaires, ainsi que l’utilisation de nos ressources.
Produire davantage ne suffit pas à faire reculer la faim. Encore faut-il que les populations puissent accéder à la terre, à l’eau et aux semences, vivre dignement de leur travail, accéder aux marchés locaux et choisir la manière dont elles souhaitent se nourrir. C’est tout le sens de la souveraineté alimentaire, une vision placée au cœur de l’action de SOS Faim.
Avoir à manger, mais aussi pouvoir choisir
La sécurité alimentaire désigne l’accès de toutes et tous, à tout moment, à une alimentation suffisante. Mais cet objectif peut être atteint sans que les populations maîtrisent leur approvisionnement. Elles peuvent alors rester dépendantes d’acteurs extérieurs qui déterminent quels aliments sont disponibles et d’où ils proviennent. La souveraineté alimentaire va plus loin : elle permet de produire soi-même ce dont on a besoin, tout en décidant de ce qui est produit, comment, par qui et à quel prix.
Formulé en 1996 par le mouvement paysan international La Via Campesina, ce concept défend le droit des peuples à définir leurs politiques et pratiques agricoles et alimentaires. Il place les personnes qui produisent, transforment et consomment les aliments au centre des décisions et encourage une agriculture adaptée aux réalités locales, respectueuse de l’environnement et capable d’assurer un revenu digne.
La souveraineté alimentaire ne signifie pas se replier sur soi-même et fermer les frontières, mais redonner aux populations une véritable capacité de choix face aux décisions prises loin de leurs territoires.
Une faim aussi produite par les inégalités
Aujourd’hui, ce pouvoir échappe encore trop souvent à celles et ceux qui nous nourrissent. Dans de nombreux pays, les productions locales doivent rivaliser avec des aliments importés vendus à bas prix. Les agriculteur·rices dépendent parfois de semences commerciales, d’engrais ou de pesticides coûteux, tandis que les règles et les prix des marchés leur échappent. Certaines terres autrefois consacrées à nourrir les populations locales servent désormais aux cultures d’exportation, qui bien souvent servent à nourrir les animaux que nous élevons.
Un pays peut donc exporter des richesses agricoles tout en dépendant des importations pour nourrir sa population. Une famille paysanne peut récolter sans vivre correctement de son travail. La faim ne résulte alors pas seulement d’un manque de nourriture, mais aussi d’un partage inégal des ressources et du pouvoir de décision.
Chez SOS Faim, nous considérons que lutter contre la faim ne consiste pas seulement à aider les familles paysannes à produire davantage. Il faut aussi défendre leurs droits à maîtriser leurs moyens de production, à vivre dignement de leur travail et à peser sur les décisions qui façonnent leur agriculture et leur alimentation. C’est pourquoi nous soutenons des organisations africaines qui agissent à la fois sur le terrain en proposant des solutions concrètes aux agriculteur·rices et dans le débat public, pour conscientiser les décideurs politiques et les citoyen·nes.


Trois partenaires, trois façons de reprendre la main
CGLTE-OA : défendre les droits et porter la voix des peuples
À travers l’Afrique de l’Ouest, la Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau (CGLTE-OA) fédère quinze plateformes nationales. Elle défend les communautés confrontées à l’accaparement des terres et à la marchandisation de ressources indispensables à leur subsistance.
En 2026, la CGLTE-OA a joué un rôle central dans l’organisation du 17e Forum social mondial (FSM) au Bénin. Le FSM est un espace international de rencontre entre mouvements sociaux et organisations de la société civile. Les délégations y partagent leurs expériences, renforcent leurs alliances et élaborent des propositions communes face aux défis sociaux, économiques et environnementaux. Malheureusement, alors que des délégations venues de plus d’une centaine de pays avaient fait le déplacement, l’ouverture du FSM a été reportée et plusieurs participant·es ont été refoulé·es aux frontières. Le Forum a finalement pu se tenir du 6 au 8 août à l’Université d’Abomey-Calavi, avec un programme raccourci consacré notamment aux biens communs, à l’agroécologie et à la souveraineté alimentaire.
Cet épisode rappelle qu’il ne peut y avoir de souveraineté alimentaire sans espace démocratique permettant aux citoyen·nes et aux paysan·nes de se réunir, de s’organiser et de défendre leurs droits.
AEC : informer pour défendre la souveraineté alimentaire
Au Niger, Alternative Espaces Citoyens (AEC) anime l’Observatoire sur le droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire. Ses relais régionaux enquêtent sur la situation alimentaire et les réponses publiques, puis diffusent leurs constats dans des rapports et des émissions radiophoniques. En 2025, AEC a produit et animé plus de 100 émissions retransmises dans toutes les régions du pays.
Malgré la fermeture de l’espace civique, AEC continue d’organiser des rencontres entre organisations paysannes et société civile. Car la souveraineté alimentaire suppose aussi de pouvoir accéder à une information indépendante, interpeller les responsables publics et participer aux décisions qui façonnent l’alimentation.
FONGS : valoriser les exploitations familiales et les aliments locaux
Au Sénégal, la Fédération des organisations non gouvernementales du Sénégal (FONGS) accompagne les organisations paysannes et les exploitations familiales. En 2025, elle a travaillé avec 120 exploitations et soutenu six initiatives économiques. Lors de la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales de Dakar, ses membres ont présenté 132 produits, notamment à base de céréales locales.
Produire localement ne suffit pas si les familles paysannes ne peuvent ni transformer leurs récoltes, ni trouver des débouchés, ni obtenir un prix juste. En renforçant les filières locales, la FONGS aide les exploitations familiales à conserver une plus grande part de la valeur créée et facilite, pour les populations, l’accès à des aliments produits localement.
Des choix qui nous concernent aussi
Défendre une terre, préserver une semence, transmettre une pratique agroécologique, valoriser une céréale locale ou porter la voix des paysan·nes : toutes ces actions s’inscrivent dans un même mouvement.
Cette question nous concerne aussi au Luxembourg. Nos choix de consommation et les politiques agricoles et commerciales européennes ont des répercussions dans d’autres régions du monde. Chez SOS Faim, nous sensibilisons le public et interpellons les responsables politiques. Car défendre la souveraineté alimentaire exige de la cohérence : les décisions prises ici ne doivent pas réduire, ailleurs, la capacité des populations à choisir leur propre modèle agricole et alimentaire.