Comment donner envie aux jeunes de construire leur avenir dans les territoires ruraux ?

Pour Ibrahima Yèma Badji, la réponse passe par l’exemple, l’accompagnement et la transmission. Entrepreneur agricole en Casamance et engagé au sein de la FONGS, il développe avec sa famille des activités d’arboriculture, d’élevage et de maraîchage tout en accompagnant d’autres jeunes dans leurs projets. Lors du camp agroécologique des jeunes organisé par la FONGS, du 15 au 17 avril 2026, il est revenu sur son parcours et sur sa conviction : la relève générationnelle est déjà en marche.

Rencontre avec Ibrahima Yèma Badji, entrepreneur agricole et membre de la FONGS (Sénégal).

 

Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Ibrahima Yèma Badji : Je m'appelle Ibrahima Yèma Badji et je viens du département de Bignona, en Casamance. Je suis entrepreneur agricole et impliqué depuis plusieurs années dans les activités de la FONGS. Après des études en ressources humaines, j'ai effectué un stage à la FONGS, une expérience qui a profondément marqué mon parcours. Très tôt, j'ai ressenti le besoin de construire mon propre avenir et de contribuer au développement de ma famille. Mon objectif a toujours été de devenir autonome et de montrer qu'il est possible de réussir en s'engageant dans l'agriculture.

 

Tu es aujourd'hui impliqué dans une coopérative familiale. Comment fonctionne-t-elle ?

Ibrahima Yèma Badji : Dans notre famille, nous avons toujours travaillé collectivement. Avant chaque hivernage, nous nous réunissons pour discuter des besoins de la famille, planifier les activités agricoles et répartir les responsabilités. Cette organisation a ensuite été formalisée sous la forme d'une coopérative familiale. Nous sommes aujourd'hui 27 membres. Chacun apporte ses compétences : certains travaillent dans l'agriculture, d'autres dans le commerce ou la santé. Pour ma part, je m'occupe de la gestion, de la comptabilité et du développement des activités agricoles.

 

Ton père expliquait que de nombreux jeunes de votre région se tournent vers l'élevage, alors que toi tu as développé l'arboriculture. Pourquoi ce choix ?

Ibrahima Yèma Badji : C'est en participant à différentes missions avec la FONGS que j'ai découvert d'autres pratiques agricoles. J'ai vu des initiatives inspirantes dans d'autres régions et je me suis dit : pourquoi ne pas essayer chez nous ? J'ai proposé l'idée à mon père puis à toute la famille. Ensemble, nous avons décidé de développer un verger diversifié avec des manguiers, des agrumes, des anacardiers et d'autres espèces fruitières. Aujourd'hui, nous voyons les résultats de ce travail collectif.

 

Comment la famille a-t-elle accueilli cette initiative ?

Ibrahima Yèma Badji : L'idée venait de moi, mais les décisions se prennent toujours collectivement. Mon père m'a fait confiance et nous avons présenté le projet à toute la famille. Chacun a pu donner son avis et, finalement, nous avons avancé ensemble. C'est cette dynamique familiale qui fait notre force.

 

Le camp agroécologique de cette année porte sur la relève générationnelle. Comment vois-tu cette question ?

Ibrahima Yèma Badji : Pour moi, la relève est déjà là. Dans notre famille, les anciens transmettent leur expérience tandis que les jeunes prennent progressivement davantage de responsabilités. Mon père reste une référence, mais ce sont désormais les jeunes qui conduisent les tracteurs, développent de nouvelles activités ou assurent le suivi technique des exploitations. La transition se construit au quotidien, dans la collaboration entre les générations.

 

Quel message souhaites-tu transmettre aux jeunes tentés par l'émigration ?

Ibrahima Yèma Badji : Je leur dis souvent que les opportunités existent aussi ici. Beaucoup de jeunes pensent que la réussite se trouve forcément ailleurs, mais nous avons accompagné des jeunes qui sont revenus après une tentative de migration et qui développent aujourd'hui des activités agricoles prospères. L'important est d'être accompagné, formé et soutenu dans ses projets. Avec les organisations paysannes, nous montrons qu'il est possible de construire son avenir localement.

 

Tu accompagnes toi-même de nombreux jeunes. Pourquoi cet engagement ?

Ibrahima Yèma Badji : Avec différents programmes, nous avons déjà accompagné des centaines de jeunes à travers des formations techniques, des appuis à l'entrepreneuriat et du suivi de proximité. Je fais cela de manière bénévole. Je considère que lorsque l'on a acquis de l'expérience, il est important de la transmettre aux autres. C'est ainsi que nous pourrons construire une agriculture plus forte et préparer la relève.

 

Entretien réalisé par Cécile Havard, responsable des partenariats Sénégal - Bénin, au camp agroécologique des jeunes organisé par la FONGS le 17 avril 2026.