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À l’occasion de la deuxième édition du camp agroécologique des jeunes organisé par la FONGS, du 15 au 17 avril 2026, au Sénégal, de nombreux jeunes engagé·es ont partagé leurs expériences et leurs visions pour l’avenir des territoires ruraux. Parmi eux, Bassine Ka, jeune entrepreneure pastorale investie dans sa communauté, nous raconte avec enthousiasme comment une simple bourse étudiante est devenue le point de départ d’une activité d’élevage aujourd’hui en plein développement.
Rencontre avec Bassine Ka, une jeune entrepreneure pastorale et membre de la FONGS (Sénégal).
Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Bassine Ka : Je m’appelle Bassine Ka et je fais partie d’une organisation pastorale appelée ADID, l’Association pour le Développement Intégré de Dahra, membre de la FONGS. Je suis issue d’une famille d’éleveurs et aujourd’hui je développe une activité d’embouche ovine et bovine.
L’idée est née lorsque j’étais étudiante. Au moment de recevoir ma dernière bourse universitaire, je me suis dit que je ne voulais pas retourner au village sans perspective ni dépendre financièrement de mes parents. Avec cette dernière bourse de 40 000 francs CFA, j’ai décidé de tenter quelque chose. J’ai investi 35 000 francs dans l’achat d’un bélier très maigre. Ma mère s’en est occupée au village : elle le nourrissait, veillait à sa santé et à son abreuvement. Quelques mois plus tard, à l’approche de la Tabaski, j’ai revendu ce mouton 115 000 francs CFA. C’est comme ça que tout a commencé.
Comment ton activité a-t-elle évolué ?
Bassine Ka : Après cette première vente, j’ai réinvesti progressivement les bénéfices dans d’autres animaux. Mon frère m’a beaucoup aidée : il s’occupait des achats au marché et gérait les animaux lorsque j’étais en ville pour mes études ou mon travail. Petit à petit, l’activité a grandi. Nous avons commencé avec des moutons, puis nous avons développé aussi l’embouche bovine. Grâce à mon engagement dans l’organisation pastorale, j’ai également eu accès à des opportunités de formation et à de petits revenus en participant à des enquêtes de terrain.
Ensuite, j’ai bénéficié d’un appui du programme Agri-jeunes, destiné aux jeunes entrepreneurs ruraux. Ce soutien m’a permis de recevoir des animaux, du matériel, de l’alimentation pour le bétail et des formations. Cela a vraiment renforcé mon activité. Aujourd’hui, mon frère gère une grande partie de l’exploitation sur place et moi je continue à suivre le développement de l’entreprise.
Qu’est-ce que cette activité a changé dans ta vie ?
Bassine Ka : Aujourd’hui, je me sens indépendante financièrement. Je peux couvrir mes besoins sans demander d’aide à mes parents. Au contraire, je participe maintenant aux dépenses familiales et à la scolarité de mes petits frères. Cette activité a aussi permis de créer une petite source de revenus pour mon frère. Je lui donne chaque mois une contribution pour son travail et son engagement. Je suis fière du chemin parcouru, surtout quand je pense que tout a commencé avec ma dernière bourse d’études.


Tu as participé au camp jeunes sur l’agroécologie et la relève générationnelle. Comment vois-tu le rôle des jeunes dans les organisations paysannes ?
Bassine Ka : La relève générationnelle est un processus qui se construit étape par étape. Les jeunes doivent comprendre qu’ils représentent l’avenir des organisations et qu’ils doivent s’impliquer dès maintenant. Il faut apprendre des anciens, respecter leur expérience, mais aussi prendre des initiatives. L’engagement peut commencer très simplement, dans sa famille ou dans sa communauté.
De mon côté, je suis aussi jeune ambassadrice du pastoralisme. J’organise des activités de sensibilisation sur la santé animale, le rôle des femmes ou encore la protection de l’environnement dans les zones pastorales. Je pense qu’en tant que jeunes, nous devons d’abord chercher l’expérience, les compétences et l’engagement. L’argent viendra ensuite.
Quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes ?
Bassine Ka : Je dirais qu’il faut savoir prendre de bonnes décisions et surtout oser. On n’a pas besoin d’attendre d’avoir un certain âge pour se lancer. Les jeunes doivent savoir ce qu’ils veulent et croire en leurs capacités. Il ne faut pas rester dans l’attente. Il faut faire le premier pas. Je pense aussi qu’il est important de valoriser les savoirs traditionnels tout en utilisant les nouvelles technologies. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, je peux publier des vidéos de mes animaux, recevoir des commandes et vendre jusqu’à Dakar. La technologie peut être un vrai outil pour les jeunes entrepreneurs.
Ton parcours a évolué très vite finalement…
Bassine Ka : Oui, tout cela a commencé en 2024, il y a à peine deux ans. Cette expérience m’a appris que beaucoup de choses s’apprennent sur le terrain. Les études sont importantes, mais il faut aussi être connecté à sa communauté et à la réalité du terrain.
Entretien réalisé par Cécile Havard, responsable des partenariats Sénégal - Bénin, au camp agroécologique des jeunes organisé par la FONGS le 17 avril 2026.