Stop aux à bas prix de l’alimentation …et à la souffrance qu’ils génèrent

Paroles du Sud – septembre 2018

Les chaines d’approvisionnement de la grande distribution, avec leur pression folle sur les prix, sont devenues un lieu de souffrances humaines (et animales) intenses où les inégalités s’aggravent. Une récente étude d’OXFAM (Derrière le code-barre : des inégalités en chaînes) présente de nouvelles données empiriques sur la compression acharnée des revenus des paysans et sur le déni généralisé des droits du travail parmi celles et ceux qui fournissent différents produits aux supermarchés du monde entier.
En se mondialisant au cours des dernières décennies, les chaînes d’approvisionnement agricoles  sont passées sous la coupe d’ un petit nombre de groupes agroalimentaires et d’enseignes de grande distribution  qui règnent sur un secteur rassemblant des millions de producteurs agricoles et une population de consommateurs de plusieurs milliards, en constante augmentation.

« Au cours des 20 dernières années, les supermarchés ont empoché une part croissante de l’argent que ses clients dépensent en caisse en contrepartie de la baisse de la part dévolue aux producteurs de denrées alimentaires : la part du prix final à la consommation qui revient aux agriculteurs, agrégés au niveau mondial, a reculé pour passer de 16% en 1995 à moins de 14% en 2011, les agriculteurs de certains pays ne recevant que 7 % de ce prix en moyenne », explique l’étude d’OXFAM.

Les inégalités se creusent

Mais les grands gagnants ne sont pas que les supermarchés : les parts ont également augmenté pour les fournisseurs d’intrants, les prestataires de services, les négociants et les industriels. Au final, ce sont  les inégalités entre les rémunérations de la main d’œuvre et celles du capital qui se sont creusées. L’étude d’OXFAM dénonce :  « Les supermarchés se sont arrogés le pouvoir d’extraire le maximum de valeur d’immenses chaines d’approvisionnement qui produisent des milliards de dollars de profits pour les entreprises et de dividendes pour les actionnaires. Parallèlement, le pouvoir de négociation des paysans et des travailleurs s’étiole de plus en plus dans beaucoup des pays où les supermarchés s’approvisionnent. »

Tout cela dans l’ombre, car ces chiffres flattent les PIB en générant de l’activité économique et pourtant, «  à l’échelle mondiale, 780 millions de personnes ont beau travailler, elles se trouvent en situation de pauvreté. Les progrès réalisés pour réduire les taux de travailleurs pauvres ralentissent partout dans le monde et semblent faire marche arrière dans les pays les plus pauvres. »

L’étude permet de comprendre comment les 82% de la richesse mondiale créée  a pu bénéficier aux 1% les plus riches de la planète (chiffres 2017) !

Derrière le rideau, dans l’obscurité de la masse anonyme,  avec des revenus trop bas, les paysans et travailleurs voient leur accès à une alimentation suffisante menacé.  Et pourtant, nous dit OXFAM,  « seulement 10% des dividendes versées aux actionnaires des trois premières chaines de grandes surfaces américaines en 2016 suffiraient pour hisser au minimum vital le salaire de plus de 800 000 ouvriers du secteur thaïlandais de la crevette »…

Tant que les paysans et les travailleurs ne recevront pas une part accrue de la valeur de leurs produits, les inégalités continueront  de se creuser et les progrès réalisés pour lutter contre la pauvreté s’enrayeront. Agir/ réagir est pourtant possible : en renforçant radicalement la transparence de la chaine d’approvisionnement, on parviendrait à enrayer « la poursuite des pires abus à l’insu de tous et en toute impunité ».

Sensibiliser consommateurs et investisseurs aux réalités qui se cachent derrière leurs courses alimentaires quotidiennes, c’est leur permettre de jouer un rôle de citoyens pour rééquilibrer le pouvoir dans les chaines d’approvisionnement et faire en sorte que les producteurs de notre alimentation soient récompensés à hauteur de leur travail et de leurs investissements.

Sans oublier l’autre axe de transformation, celui qui privilégie des chaines d’approvisionnement courtes, desservant les marchés locaux et réduisant le nombre d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs,  soutenant les entreprises locales, augmentant l’emploi et le capital local. Mais pour ce faire, un soutien du secteur public et des investissements est requis…

Marine Lefebvre

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Connecting Lives – 2 Wochen nohalteg (er)liewen!

Adapter son mode de vie à un monde en pleine transformation où les ressources sont limitées ? Agir de manière responsable dans un monde où les vies sont fortement liées et interdépendantes ici et ailleurs ? Cela vous tente ?

Du 23 septembre au 7 octobre ont lieu au Luxembourg les Semaines d’Éducation au Développement Durable.

SOS Faim, en collaboration avec d’autres ONG, organise 3 activités des Semaines EDD:

23.09: la Marche gourmande alternative – Steinfort

Le long d’un nouveau parcours de 7 km, venez vous régaler de produits bio et locaux. Des activités vous attendent à chaque station !

Pour plus d’infos: http://connectinglives.cercle.lu/events/marche-gourmande-alternative-pour-une-terre-nourriciere/

Inscription obligatoire: https://www.eventbrite.de/e/marche-gourmande-alternative-tickets-48161052003

24.09: l’ After-Work Cinema du Sud – Centre culturel Altrimenti

Pour sa 9e mini-édition, le Festival Cinema du Sud vous invite à un after-work avec pour thème les alternatives pour construire un monde durable. Venez voir le film 24 Davids et discutez-en dans un cadre convivial autour d’un verre , comme au bar du coin entre amis.

Pour plus d’infos: http://connectinglives.cercle.lu/events/after-work-cinema-du-sud/

29.09: le restaurant « Le monde des gourmets » – Marché du samedi, Knuedler (Place Guillaume) à Luxembourg-ville

Venez vivre une expérience culinaire hors du commun qui vous emmènera à la découverte du coût environnemental et social de ce que nous consommons…

Pour plus d’infos: http://connectinglives.cercle.lu/events/restaurant-le-monde-des-gourmets/

 

Découvrez tout le programme des Semaines EDD

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Niger: des libérations bienvenues !

Au Niger, plusieurs vagues d’arrestations ont successivement ciblé des acteurs de la société civile après un rassemblement interdit contre la loi de finances 2018, prévoyant des exonérations fiscales pour les multinationales, tout en instituant de nouvelles taxes sur des produits (biens et services) de première nécessité.

  • Niamey, 24 juillet 2018: libération des acteurs de la société civile.

Après quatre mois d’acharnement des forces de l’ordre, la justice s’est prononcée sur le sort des acteurs de la société civile arrêtés depuis le 25 mars dernier. Plusieurs d’entre eux sont sortis de prisons dont Moussa Tchangari secrétaire général d’Alternative Espaces Citoyens (AEC), partenaire de SOS Faim, qui s’exprime sur les réseaux sociaux:

« Merci, merci et merci, la lutte continue.

Après avoir passé quatre (4) longs mois en détention, nous revoilà parmi vous tous, camarades de lutte et parents; laissant derrière nous d’autres camarades qui risquent de continuer à croupir en prison pendant des longs mois. Comme nous, ils ne manqueront pas de courage face à cette épreuve et finiront par sortir un de ces jours.

Pendant quatre (4) mois, nous étions en prison; mais, nous sommes restés libres dans nos têtes, convaincu de la justesse de la cause pour laquelle nous avons été incarcérés. On ne peut pas dire autant de ceux qui nous ont orchestré notre détention : ils sont prisonniers de la peur, de leur attachement aux biens matériels, de leurs liens avec les puissances impérialistes.

En tous cas, une chose est sûre, nous continuerons à nous battre; et nous sommes certains que notre lutte ne sera pas vaine. Elle fait déjà peur aujourd’hui; demain, elle nous apportera les fruits doux d’un pays enfin véritablement souverain et démocratique.
La lutte continue !!! » Moussa Tchangari, 25 juillet 2018

Il reste encore cinq acteurs de la société civile qui attendent d’être jugés pour avoir participé ou avoir organisé d’autres marches interdites.

Pour en savoir plus:

Déclaration des Organisations Internationales de défense des Droits de l’Homme et de Développement suite au Procès des Acteurs de la Société Civile 

  • Niamey, 11 juillet 2018: le procès de membres de la société civile s’est tenu sous très haute surveillance policière avec des entrées filtrées. Accusés d’avoir provoqué un attroupement non armé et la destruction de biens publics et privés, les 19 prévenus n’ont pas reconnu les faits. Le procureur a requis trois ans de prison ferme pour les principaux responsables de la manifestation interdite par la ville de Niamey. Le tribunal rendra sa décision le 24 juillet.
  • 6 juillet 2018: Nouvelle arrestation alors que le procès des 22 leaders de la société civile est reporté

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Niger. En savoir plus !

  • Niamey, mercredi 20 juin 2018

Déclaration de Presse des organisation de la société civile réunies au sein du cadre de concertation et d’action citoyennes

  • Luxembourg, 18 mai 2018

 Avec Amnesty International et le Cercle des ONG, SOS Faim dénonce la vague de répression actuelle contre la société civile du Niger. Dans le cadre de la mobilisation pacifique de la société civile contre la loi des finances 2018, neuf défenseurs des droits humains et 17 manifestants pacifiques ont été arrêtés. 

Au Niger, plusieurs vagues d’arrestations ont successivement ciblé des acteurs de la société civile protestant contre la nouvelle loi de finance 2018, prévoyant des exonérations fiscales pour les multinationales, tout en instituant de nouvelles taxes sur des produits (biens et services) de première nécessité. A la suite de deux manifestations interdites, les 25 mars et 15 avril, 26 personnes ont été arrêtées, dont neuf leaders de la société civile, et une seule a été relaxée.

Parmi elles, trois représentants de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC), partenaire de SOS Faim: Moussa Tchangari, secrétaire général ainsi qu’Ibrahim Diori, chargé de plaidoyer et Yahaya Badamassi, le coordinateur d’AEC à Zinder. Motif officiel de ces arrestations : organisation et participation à une manifestation interdite et complicité de destruction de biens, bien que les défenseurs des droits humains n’aient pas participé aux marches interdites. Ils ont été transférés dans différentes prisons du Niger, loin de leurs familles et avocats

Lirwana Abdourahamane, avocat et militant, a été arrêté alors qu’il quittait les locaux de la chaîne de télévision Labari TV, où il avait été invité pour parler d’une manifestation organisée par des organisations de la société civile. La chaîne de télévision a par la suite été fermée pour quatre jours par les forces de sécurité qui y ont effectué une descente, sans fournir de mandat du Conseil Supérieur de la Communication ou de la police.

Amnesty International Luxembourg se mobilise avec une pétition qui se trouve sur son site web pour la libération de ces neuf défenseurs des droits humains.

Les arrestations et interdictions répétitives de manifestations pacifiques, sur la base de prétexte sécuritaire, révèlent la détermination des autorités nigériennes à museler les défenseurs des droits humains. Déjà en 2017, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées et poursuivies arbitrairement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression et d’association ; certaines étaient des prisonniers d’opinion. Des journalistes ont été menacés et au moins 300 étudiants ont été arrêtés lors d’une manifestation.

Dernier sur le classement de l’indice de développement humain, le Niger est un pays enclavé, au cœur d’une région minée par l’insécurité. Avec un taux de pauvreté de 48.9% et un revenu par habitant de 420 dollars, le Niger est l’une des nations les plus pauvres du monde. Au cœur d’une région secouée par le terrorisme, le Niger est par ailleurs devenu un véritable hub militaire où les bases étrangères fleurissent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de la sous-traitance de la gestion des flux migratoires par l’Union européenne.

Ces bases militaires étrangères, et la remise en cause de la libre circulation régionale consécutive de l’externalisation des frontières de l’UE, ont été dénoncées par AEC dans un rapport publié en octobre 2017 Migrations et sécurité alimentaire au Niger Le droit à l’alimentation à l’épreuve des politiques anti-migratoires.  AEC y annonçait : « Le maintien des entraves à la mobilité des personnes ne fera certainement qu’aggraver la situation sociale des paysannes ».

Partenaire de SOS Faim depuis 2016, cette association de promotion et de défense des droits humains est cofinancée par la Coopération luxembourgeoise. Suite à l’arrestation des leaders d’AEC, SOS Faim a pris l’initiative d’écrire à M. Asselborn pour faire part de l’inquiétude vis-à-vis de la situation et appeler le gouvernement à intervenir auprès des autorités nigériennes pour réclamer la libération des personnes emprisonnées. Dans sa réponse du 19 avril, affirmant que « la situation de la société civile nigérienne était régulièrement évoquée, à Niamey, avec les représentants des Etats membres de l’UE (…) et que le Luxembourg appuyait, conjointement avec les autres Etats membres de l’UE, divers projets d’appui à la démocratisation et renforcement de la société civile au Niger. » Pour SOS Faim, cette réponse est insuffisante car la gravité de la situation nécessite une prise de position plus ferme.

De son côté, Amnesty International a publié le 19 avril une lettre ouverte conjointe avec d’autres organisations de la société civile pour demander aux représentations diplomatiques présentes au Niger de condamner fermement la restriction de l’espace civique en cours et d’agir pour la libération immédiate et inconditionnelle des défenseurs des droits humains arrêtés.
Le Cercle des ONG quant à lui se doit de marquer son incompréhension devant l’absence de fermeté des européens face à la dérive du gouvernement nigérien. Selon des observateurs de la société civile nigérienne, les démocraties européennes sacrifient le respect des droits humains, en échange du contrôle des flux migratoires par le Niger et de sa lutte contre le terrorisme. Le Cercle s’inquiète de ce que l’UE est en train de saper son crédit auprès des opinions publiques ouest-africaines.

La coopération entre le Luxembourg et le Niger s’élève à quelques 20 millions d’euros par an pour la période 2016-2020, mais elle comporte aussi des engagements réciproques, en particulier autour de la « bonne gouvernance ». Le travail des ONGD dans les pays en développement ne saurait être un travail purement « technique ». Il est aussi « politique » et doit concerner les droits humains, notamment la liberté d’expression et de manifestation et, de manière plus spécifique, la lutte contre les inégalités et les injustices.

 Les trois organisations de la conférence de presse portent des revendications à l’attention du Luxembourg et de l’Union européenne pour :

  • Dénoncer la répression des organisations de la société civile par les autorités nigériennes ;
  • Exiger la libération immédiate et sans condition des défenseurs des droits humains arrêtées à la suite des manifestations ;
  • Interpeller l’Union européenne et de ses États membres afin qu’ils dénoncent le non-respect de l’État de droit et des libertés fondamentales au Niger ;

Demander aux ambassades présentes à Niamey de se positionner fermement en faveur de la libération des activistes arrêtés.

Contact:

Marine Lefebvre, Responsable plaidoyer, marine.lefebvre@sosfaim.org, +352 49 09 96

 

 

 

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Migrants : le droit d’aspirer à vivre.

Face à l’hécatombe des jeunes, parmi les plus courageux et les plus vaillants, tous ceux que la mort fauche dans le grand erg saharien ou dans les vagues de la Méditerranée, la vraie question à résoudre, plutôt que celle de la sécurisation de nos frontières européennes, n’est-elle pas de dessiner un avenir dans lequel projeter une autre perspective que l’actuel horizon mortifère ?

Continent sous peuplé au lendemain des indépendances, l’Afrique annonce de 2 à 3 milliards d’habitants en 2050 et en compte déjà plus de 2…. Sur ce continent, la population reste essentiellement rurale, globalement dépourvue de systèmes éducatifs dignes de ce nom et condamnée aux emplois informels : dès 2035, selon le Fonds monétaire international (FMI), la population active africaine devrait dépasser celle du reste des pays du monde. Pour prendre la mesure de la question de l’emploi qui se posera alors, il faut avoir à l’esprit que d’ores et déjà, 10 à 12 millions d’Africains arrivent sur le marché du travail chaque année, lorsque le continent dans son ensemble peine à créer 3 millions d’emplois formels, souvent faiblement rémunérés… Quel espoir dans ce contexte ?

En réponse aux quelques 100 000 personnes qui sont arrivées en 2017 par la voie maritime vers l’Europe, le Conseil européen de fin juin,  s’est dit « déterminé à poursuivre et à renforcer le contrôle effectif des frontières extérieures de l’UE (…) pour empêcher que ne se reproduisent les flux incontrôlés de 2015 et pour endiguer davantage les migrations illégales sur toutes les routes existantes et émergentes. »

Dans le débat sur la « crise migratoire », ce que l’on oublie de rappeler, c’est que l’Europe et l’Amérique du Nord détiennent actuellement 67% des richesses mondiales, contre 1% pour l’Afrique.

Au nom de quoi nos démocraties européennes ont-elles donc décidé que le migrant économique a, moins que le demandeur d’asile, le droit d’aspirer à vivre ?

Réduire les inégalités !

Dans ce débat, comme dans bien d’autres, la réduction des inégalités est la véritable clé du défi posé à notre génération ; tant que nous ne serons pas prêts à partager plus équitablement les richesses (dont les ressources naturelles), nous ne devrons pas nous étonner que les plus téméraires viennent nous réclamer leur part !

Concrètement la pauvreté c’est : ne pas pouvoir nourrir sa famille, ni la faire soigner, mettre ses enfants au travail, ne pouvoir acheter les semences pour mener la campagne agricole… Dans certaines régions d’Afrique où 70% de la population vit de l’agriculture, plus de 60% des paysans n’ont pas de semences au début de la saison agricole, car un grand nombre d’entre eux doivent se contenter de moins de 1 dollar par jour…

Des initiatives émergent sur le continent africain

Pendant ce temps sur le continent, de plus en plus de voix clairvoyantes et justes s’élèvent dans les milieux intellectuels ou chez les acteurs de terrain qui ont voué leur vie au développement. Citons parmi eux, des personnes que SOS Faim connait très bien pour avoir soutenu les activités des organisations qu’ils ont initiées : au Cameroun, Bernard Njonga, après plus de trente années à la tête de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC), est décidé à se porter candidat aux élections contre l’indéboulonnable Paul Biya. Il a une vision pour son pays et mise sur l’agriculture pour rendre aux jeunes leur fierté et leur donner du travail. Dans un pays qui a la chance de disposer de terres arables inexploitées et de forêts primaires à sauvegarder, il envisage de consacrer 25% du budget de l’Etat à l’agriculture contre les 2,3 % actuels en faisant de la souveraineté alimentaire une cause nationale, «une éducation à l’esprit coopératif en formant les jeunes enfants pour qu’ils se relient à leur nourriture. »

De fait, les activités agricoles souffrent d’une dévalorisation de leur image : modifier et revaloriser cette image est donc fondamental si l’on veut attirer les jeunes dans le secteur agricole.

Deogratias Niyonkuru, fils de paysans et responsable de plusieurs programmes de développement dans de nombreux pays africains, auteur de «Pour la dignité paysanne», estime quant à lui :

« La voie royale, à la fois simple et difficile, est de reprendre confiance en soi, de valoriser sa culture, son potentiel et les opportunités de son milieu et de refuser à l’argent le rôle moteur du développement. Assurons la primauté de la spiritualité et des valeurs humaines, refusons une civilisation fondée sur l’enrichissement effréné de quelques-uns et qui conduit à la dégradation irréversible des ressources naturelles, revendiquons des politiques publiques favorables au développement et à la paix, cessons de croire que c’est aux autres qu’incombe la responsabilité de nos misères et de notre salut… »

A nous de méditer et de militer pour des politiques qui permettent à tous de vivre dignement…

 Marine Lefebvre

Paroles du Sud, Le Quotidien, juillet 18.

www.sosfaim.org

 

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Lettre d’interpellation face au constat d’échec de la NASAN au Sénégal

Face au constat d’échec pour la NASAN au Sénégal, la société civile appelle les décideurs politiques à mettre l’agriculture familiale au cœur des stratégies de sécurité alimentaire et de la nutrition. Dans cette lettre d’interpellation, plus d’une vingtaine d’organisations paysannes et d’acteurs de la société civile invitent le G7, le gouvernement du Sénégal et l’Union Africaine à soutenir fortement l’agriculture familiale, y compris les pratiques agroécologiques et la promotion des femmes pour le développement de systèmes de production plus durables qui nourrissent les populations locales.

Constat d’échec pour la NASAN au Sénégal : La société civile appelle les décideurs politiques à mettre l’agriculture familiale au coeur des stratégies de sécurité alimentaire et de la Nutrition

La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (NASAN) a été lancée en 2012 par le G8, en réponse à la flambée des prix des denrées alimentaires survenue en 2010-2011 et à une vague de sécheresse dans la corne de l’Afrique affectant les populations africaines. La NASAN fait également suite aux efforts de l’Initiative de L’Aquila pour la sécurité alimentaire (IASA). Alors que l’Initiative de L’Aquila incitait les gouvernements à investir des fonds publics dans la sécurité alimentaire, la NASAN mobilisait les entreprises du secteur privé –étranger et les multinationales – à « réaliser une croissance agricole soutenue et inclusive ainsi qu’à sortir 50 millions de personnes de la pauvreté au cours des dix prochaines années » en Afrique.

La société civile et le mouvement paysan sénégalais saluent l’engagement pris en 2012 par les pays membres du G7 en faveur de l’agriculture sur le continent africain, mais déplorent l’approche et la mise en oeuvre de la NASAN. Ils appellent les pays du G7, les gouvernements africains et l’Union Africaine (UA) à soutenir davantage l’agriculture familiale et l’agroécologie, garantes d’une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable, telle que stipuler lors du forum 2018 de la FAO sur l’agroécologie.

Dès sa création, la NASAN a soulevé des craintes de la part de la société civile en lien avec les risques d’accaparement des terres et de privatisation des semences. Bien qu’au Sénégal, la NASAN n’ait pas engendré les conséquences négatives anticipées, elle n’a pas pour autant respecté ses promesses. En effet, une évaluation indépendante de la NASAN au Sénégal, conduite avec l’appui du Groupe de réflexion pour la sécurité alimentaire (GRSA), a permis de constater que la Nouvelle Alliance n’a visiblement pas atteint son objectif principal d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition à travers l’augmentation des investissements privés en agriculture. Elle n’a pas non plus mené à des réformes politiques significatives ni à un meilleur alignement ou une augmentation de l’aide internationale de la part des membres du G7.

La NASAN a été lancée sur l’hypothèse que la sécurité alimentaire et nutritionnelle peut être améliorée grâce à un apport accru du secteur privé. Cependant, l’expérience au Sénégal démontre que la NASAN a effectué un ciblage inadéquat des entreprises ayant pris part à la NASAN, à cause des délais très courts impartis par le G7. Le manque de communication autour des objectifs de la NASAN, l’impréparation des parties prenantes à jouer leur partition et l’absence de cadre contraignant ont créé un déficit d’engagement de la société civile et les Organisations de producteurs.

La NASAN traite les petits producteurs essentiellement comme des bénéficiaires d’emplois et de services pourvus par les agro-industries plutôt que d’acteurs économiques en soi. Or, les emplois créés par l’agrobusiness demeurent précaires et saisonniers, peu rémunérateurs, généralement sans prise en charge sociale et médicale et leur nombre est largement en dessous des attentes des populations. En contraste, lorsqu’on considère l’apport du secteur privé au développement agricole et à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les exploitations familiales représentent de façon agrégée les investisseurs les plus importants en agriculture, contribuent fournir de l’emploi et préservent le patrimoine foncier. La NASAN ne les a pas suffisamment pris en considération.

Dans un contexte de changement climatique, de raréfaction des ressources en eau et de perte de biodiversité, il y a urgence pour les gouvernements d’effectuer une transition vers des modes de productions agricoles plus durables et résilients. Or, la NASAN a plutôt favorisé des entreprises conventionnelles et les multinationales qui utilisent des modes de production industriels axés sur la monoculture, exigeants en eau et dépendants des intrants chimiques.

Alors, que la NASAN signalait une volonté d’améliorer le sort des populations pauvres, et des femmes en particulier, nous constatons que les femmes ont largement été ignorées. Aucune structure de production ou coopérative agricoles gérées par des femmes ne faisait partie des entreprises partenaires de la NASAN et les emplois créés ont été en majorité occupés par les hommes.

La NASAN a souffert d’un manque d’implication et de concertation préalable avec la société civile. De même, plutôt que d’encourager la réalisation des priorités du Sénégal en agriculture, la NASAN a mené à un effet de redondance et d’éparpillement des acteurs et des initiatives dans un contexte où plusieurs projets et programmes nationaux étaient existants. Il aurait été plus indiqué de directement renforcer ces cadres au lieu de dérouler une initiative parallèle qui avait peu de chance d’aboutir.

Au regard de la place essentielle qu’occupe l’agriculture en Afrique, la société civile sénégalaise estime que ce secteur doit être soutenu par un engagement constant, plutôt qu’une intervention ponctuelle. C’est en ce sens que nous, acteurs de la société civile et du mouvement paysan, appelons le G7 à renouveler son appui à l’agriculture, mais en plaçant l’agriculture familiale et leurs revendications au coeur de toute initiative visant à améliorer la sécurité alimentaire.

Nous appelons le G7 à reconnaître que :

  • la sécurité alimentaire en Afrique est assurée par les exploitations familiales, lesquelles doivent être soutenues par les politiques publiques pour favoriser et sécuriser l’accès à la terre, à l’eau, aux semences paysannes;
  • les exploitations familiales sont généralement aussi performantes que les fermes agroindustrielles, tout en fournissant plus d’emplois, de meilleure qualité, et en produisant de manière plus durable;
  • les femmes sont la pierre angulaire de modes de production durables et les pionnières de stratégies pour assurer la sécurité alimentaire.

Nous vous exhortons aussi à :

  • Maintenir votre soutien à l’agriculture et la sécurité alimentaire sur le continent africain en prenant en compte la vision de l’agriculture de la société civile et du mouvement paysan;
  • Assurer que toute nouvelle initiative du G7 soit réellement harmonisée aux plans, programmes et initiatives nationaux existants dans le respect de l’Accord de Paris et des engagements de Malabo.

Nous exhortons le gouvernement du Sénégal à :

  • Augmenter son niveau d’investissement dans le secteur agricole en priorisant l’agriculture familiale dans le respect des engagements de Malabo;
  • Parachever la réforme foncière afin de sécuriser les terres des exploitations familiales et préserver le patrimoine foncier et les ressources naturelles pour les générations futures;
    • Mettre en oeuvre sa stratégie nationale de consommer local en facilitant l’accès aux produits agricoles sénégalais, sains et écologiques par la mise en place de chaînes de valeurs centrées sur les exploitants familiaux; le renforcement des capacités en production agroécologique et en ciblant les jeunes;
    • Renforcer les regroupements, réseaux et organisations de femmes rurales afin qu’elles puissent avoir plus d’influence sur l’élaboration de politiques agricoles et alimentaires ;
    • Soutenir les femmes rurales dans la transformation, conservation et mise en vente de leurs produits pour les marchés locaux.
    • Mettre en oeuvre les droits des paysans tels qu’inscrit dans le TIRPAA
    • A reconnaître les semences paysannes dans la législation et à soutenir les systèmes semenciers gérés par les paysans.

Finalement, nous demandons à l’Union Africaine, désormais responsable de la mise en oeuvre de la NASAN, de :

• Favoriser davantage les agriculteurs familiaux et les reconnaître comme premiers investisseurs privés dans les programmes de soutien agricole et de sécurité alimentaire.

En conclusion, à la lumière de ce constat d’échec de la NASAN au Sénégal, la société civile et les mouvements paysans appellent les décideurs politiques à mettre l’agriculture familiale au coeur des stratégies de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ainsi, nous appelons le G7, le gouvernement du Sénégal et l’Union Africaine à soutenir fortement l’agriculture familiale, y compris les pratiques agroécologiques et la promotion des femmes pour le développement de systèmes de production plus durables qui nourrissent les populations locales.

Signataires :

1. Cadre de Concertation et de Coopération des Ruraux(CNCR)
2. Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR)
3. ActionAid Sénégal(AAS)
4. Association pour la promotion de la Femme Sénégalaise(APROFES)
5. Association des producteurs de la Vallée du Fleuve Gambie(APROVAG)
6. Réseau Africain pour le Droit à l’alimentation(RAPDA)
7. Conseil des Organisations Non Gouvernementale D’appui au Développement(CONGAD)
8. Cadre de Concertation des producteurs d’Arachide(CCPA)
9. Coalition pour la protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN -SENEGAL)
10. Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA)
11. Fahamu Africa
12. Nous Sommes la Solution (NSS): un mouvement de femmes rurales pour la souveraineté alimentaire
13. Conseil des Animateurs pour le développement de Djirnda (CADD)
14. Eco Citoyen
15. Enda Pronat
16. GIPSWAR
17. Journal Agropasteur
18. Innovation, Environnement et Développement en Afrique(IED-Afrique)
19. Carrefour International
20. Activista Sénégal
21. Forum social Sénégalais(FSS)
22. Organisation des Jeunesse Panafricaniste(OJP)
23. Panafricaine Pour Education et le Développement Durable(PAEDD)
24. Kedougou Encadrement Orientation Droits Humains(KEOH)
25. etc ;

Consulter la lettre d’interpellation sur le site de IED Afrique

 

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Un nouveau Président à SOS Faim

Le 9 juin dernier, SOS Faim a tenu son Assemblée Générale ordinaire au Centre Culturel Altrimenti à Luxembourg-ville. Dans son introduction, le Président Félix Buchler a rappelé que trois cadres d’un des partenaires au Niger de SOS Faim, Alternative Espaces Citoyens, sont abusivement emprisonnés dans leur pays. Alors que SOS Faim mène en ce moment un intense plaidoyer en vue de leur libération, cette situation illustre que les droits de l’homme sont de plus en plus bafoués dans un nombre croissant de pays et que, sans démocratie, aucune action de « développement » n’est possible.

En 2017, à travers son Accord-Cadre de Coopération conclu avec le ministère des Affaires étrangères et européennes, SOS Faim a financé et accompagné plus 20 partenaires en Afrique, en transférant plus de 1.800.000 EUR. Par ailleurs, SOS Faim a poursuivi la mise en œuvre du mandat du Ministère ‘Agri+’, un dispositif de transformation des exploitations familiales rurales à travers l’accès à des financements adaptés et un programme de formation agricole. Enfin, au Luxembourg, SOS Faim a poursuivi avec succès sa campagne « Changeons de menu ! » qui invite les citoyens à modifier leurs habitudes alimentaires. Une carte interactive recensant près de 100 initiatives citoyennes de production ou de consommation responsables est en ligne et le deuxième Marché des Alternatives alimentaires fut organisé au Tramschapp courant 2017.

Les nombreuses activités de l’ONG furent assurées par une équipe de 11 personnes dévouées sous la supervision du Conseil d’administration. L’Assemblée a approuvé les comptes de SOS Faim, audités par GSL Révision, et a accordé sa décharge aux administrateurs. Elle a ensuite approuvé le budget 2018 supérieur à 3.300.000 EUR.

Cinq nouveaux membres sont venus renforcer l’Assemblée Générale : Linda Ortolani, Rachel Reckinger, Christian Schmitz, Elisabeth Seimetz et Alou Sidibé.

A l’issue de la partie statutaire, Raymond Weber, membre du Conseil d’administration, a restitué à l’Assemblée les Rencontres de Porto-Novo au Bénin qui a réuni en avril dernier une trentaine de personnes et de partenaires de SOS Faim pour réfléchir ensemble sur l’action collective en faveur du changement social.

En 2018, SOS Faim fêtera ses 25 ans et plusieurs activités seront prévues à la fin de l’année. Le programme définitif sera communiqué prochainement.

Enfin, SOS Faim s’est doté d’un nouveau Président, Raymond Weber qui succède à Félix Buchler : après cinq ans de Présidence, ce dernier a estimé qu’il était temps de passer le flambeau à plus jeune. Félix Buchler demeure au sein du Conseil d’administration.

Photo : (à g.), Raymond Weber qui succède à Félix Büchler (à dr.) à la Présidence de SOS Faim.

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11/07: Droits humains et environnementaux … et les entreprises ?

Participanten: Franz Fayot (LSAP) Henri Kox (déi gréng) Max Hahn (DP) Michele Boz-Retter (ADR) Nathalie Oberweis (déi lénk) Laurent Zeimet (CSV)

La table ronde sera modérée par Mick Entringer, journaliste à la radio 100,7. Elle se tiendra en luxembourgeois avec une traduction simultanée vers le français et aura lieu au Centre culturel de Bonnevoie au 2, rue des Ardennes à Luxembourg-ville.

LU- Mënschen-an Ëmweltrechter- (k)ee Fall fir d’Entreprisen?!

Zu Lëtzebuerg ginn et vill Entreprisen déi weltwäit aktiv sinn. Wéi eng Verantwortung droen d’Entreprisen déi e Sëtz hei zu Lëtzebuerg hunn fir d’Anhale vun de Mënschen an Ëmweltrechter an hiren Tätegkeeten an aneren Deeler vun der Welt? Wat sinn d’Erausfuerderunge vun der UNO a Bezuch op Mënschen- an Ëmweltrechter an Entreprisen? Wei eng Gesetzgebungen soll Lëtzebuerg an dësem Beräich ënnerhuelen? Wat soe Parteien am Kontext vun de Wahlen zu dëser Responsabilitéit vun den Entreprisen?

 

FR- Droits humains et environnementaux … et les entreprises ?

Le Luxembourg héberge de nombreuses entreprises ayant des activités dans le monde entier. Quelle est la responsabilité des entreprises domiciliées ici au Grand-Duché de respecter les droits
humains et environnementaux lorsqu’elles opèrent dans d’autres parties du monde? Quels sont les défis auxquels doivent faire face les Nations Unies concernant le respect des droits humains et environnementaux par les entreprises? Quelles mesures législatives devraient être adoptées par le Luxembourg dans ce domaine ?
Quelles sont les positions des partis politiques sur la question de la responsabilité des entreprises dans le cadre des élections
législatives?

Evénement organisé par l’Initiative pour un devoir de vigilance au Luxembourg composée de treize organisations: Action Solidarité Tiers Monde, Caritas Luxembourg, Cercle de coopération des ONGD, Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient, Commission luxembourgeoise Paix et Justice, Etika, Fairtrade Lëtzebuerg, Frères des Hommes Luxembourg, Greenpeace Luxembourg, OGBL, OGBL Solidarité syndicale, partage.lu, SOS Faim Luxembourg
Plus d’infos sur: https://www.initiative-devoirdevigilance.org/

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03/07 petit déjeuner responsable @Windhof

SOS Faim et Richet organisent un petit déjeuner responsable constitué exclusivement de produits locaux et de saison !

Il se déroulera le mardi 3 juillet entre 8h30 et 10h dans le hall d’entrée du bâtiment Olympia.

Pour y participer, c’est très simple :

  • Cliquez sur le bouton « réservation » ci-dessous ou inscrivez-vous auprès de Lise Gille par mail lgille@richet.lu ou par téléphone au 39 59 22
  • Vous décidez du montant de votre participation, à régler en espèces le jour de l’évènement. Tous les bénéfices seront reversés intégralement à l’association SOS Faim

Nous en profiterons pour faire le point sur nos habitudes de consommation et notre empreinte alimentaire et nous découvrirons ensemble quelles sont les bonnes pratiques à adopter au quotidien.

Merci d’avance pour votre participation.

Réservation
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Pour la dignité paysanne, Deogratias Niyonkuru

Quel modèle de développement pour l’Afrique ? Quel financement pour son agriculture ? La remise en cause des institutions internationales dans le développement des pays du Sud, les prochains défis des organisations paysannes, la création d’une protection sociale universelle, … autant de thématiques sur lesquelles un acteur de développement africain, Deogratias Niyonkuru, apporte un éclairage tiré de ses multiples expériences et engagements.

A travers 5 capsules réalisées par SOS Faim Belgique, Deogratias Niyonkuru, fils de paysans et responsable de plusieurs programmes de développement dans de nombreux pays africains, introduit les propos de son livre «Pour la dignité paysanne».

Agriculture, l’Afrique doit trouver sa propre voie

Contre l’approche des agences de développement

Financer l’agriculture par l’action de l’Etat

Pour des organisations paysannes fortes

Pour une protection sociale universelle

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01/06 journée mondiale du lait !

Ensemble pour un lait équitable !

Ce vendredi 1er juin, on «fête» la Journée mondiale du lait partout dans le monde.  Producteurs laitiers, transformateurs et industries saisissent l’opportunité pour attirer l’attention et mettre en lumière leurs activités en lien avec «l’or blanc». Pour une grande partie des producteurs et productrices familiaux de lait dans le monde, cette journée n’est pas l’occasion de faire la fête.

Manneken Pis qui urine du lait, des vaches qui apparaissent devant l’Atomium à Bruxelles ou devant des monuments en Afrique de l’Ouest,… Par ces actions, nous -différentes organisations belges et acteurs de la société civile – voulons amener les gens à réfléchir sur la production laitière familiale et faire entendre les producteurs et les productrices qui veulent vivre dignement de leur production. Nous demandons aux décideurs politiques de prendre les mesures nécessaires pour permettre aux filières laitières d’être viables en Europe et en Afrique de l’Ouest.

L’UE produit 24% de la production mondiale de lait

En 2016, la production mondiale de lait de vache a atteint 678,6 millions de tonnes, dont l’UE était responsable à elle seule pour 24% (soit 164 millions de tonnes). La production africaine, quant à elle, a stagné autour des 37 millions de tonnes, issues principalement de systèmes de production d’(agro)éleveurs transhumants. En Afrique de l’Ouest, ces éleveurs représentent environ 48 millions de personnes, et fournissent 70% de l’approvisionnement en lait local. Les systèmes locaux de collecte, de traitement et de commercialisation du lait par le biais de mini-laiteries, de centres de collecte et d’industries locales permettent au lait de parvenir au consommateur. Ce sont surtout les mini-laiteries et les centres de collecte –où les producteurs de lait participent à la gestion–qui assurent un prix équitable pour les éleveurs.

Pourtant, la production laitière locale est confrontée à de nombreux défis. En Afrique de l’Ouest, elle ne représente que 50% du lait consommé localement. Ceci découle d’un ensemble d’obstacles qui mettent en péril la qualité et la quantité de lait produit localement; mais c’est aussi le résultat de la concurrence inégale du lait en poudre importé, principalement d’Europe. Cette importation de lait en poudre européen en Afrique de l’Ouest pourrait augmenter de manière significative dans les années à venir, l’UE cherchant des moyens d’écouler ses stocks régulateurs de lait en poudre (s’élevant à 380 000 tonnes) sur le marché ouest-africain en pleine croissance. L’OCDE estime que la population en Afrique de l’Ouest devrait augmenter jusqu’à 500 millions de personnes d’ici 2030, et avec elle la demande en lait.

Un prix équitable pour une vie digne.

C’est pourquoi nous appelons les décideurs politiques à prendre des mesures concrètes pour encourager la production familiale de lait local et équitable en Afrique. Nous voulons que les politiques et les programmes de coopération reconnaissent l’importance des systèmes de production (agro-)pastoraux et fournissent un appui technique et financier pour développer les filières locales de production laitière. Il s’agit plus précisément de soutenir la production laitière locale par le biais des mesures suivantes:

  • développer les cultures fourragères;
  • améliorer l’accès aux crédits et aux soins vétérinaires;
  • adapter et améliorer les politiques d’aménagement territorial;
  • utiliser les leviers commerciaux (par ex. le Tarif Extérieur Commun de la CEDEAO dans le cadre d’Ecowas) et fiscaux (par ex. baisse de la TVA) pour favoriser la consommation de lait local,
    à des prix qui permettent aux productrices et producteurs de vivre dignement de leur travail.

Nous demandons également que les décideurs politiques respectent les principes de cohérence des politiques pour le développement et la souveraineté alimentaire, afin que l’Afrique puisse protéger son marché contre les importations de lait en poudre. Nous demandons notamment que ces principes soient respectés dans le cadre de négociations commerciales entre l’Europe et l’Afrique.

Enfin, nous appelons l’Union européenne à revoir sa politique agricole pour mettre un terme aux excédents structurels, garantir un prix équitable aux producteurs de lait européens et éviter le dumping de lait en poudre vers l’Afrique.

Face aux politiques laitières européennes, les producteurs familiaux européens et ouest-africain unissent leurs forces, victimes d’un modèle économique qui favorise la production industrielle au
détriment des populations locales et d’une production de lait durable et équitable.

Signataires:
La Coalition Contre la Faim, AFRICA EUROPE FAITH & JUSTICE NETWORK, CNCD-11.11.11, Oxfam Solidarité, SOS Faim, Iles De Paix, Vétérinaires Sans Frontières, Faireb

 

 

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