Être poursuivi en justice pour avoir dénoncé l'accaparement des terres, les atteintes au droit à l'alimentation, les pollutions, les conditions de travail indignes ou encore la criminalisation des communautés locales. C'est pourtant ce qui est arrivé à SOS Faim en 2019.

Cette année-là, SOS Faim avait relayé un rapport de FIAN Belgique documentant de graves violations des droits humains sur plusieurs plantations africaines de SOCFIN, une holding domiciliée au Luxembourg et largement détenue par le groupe Bolloré. Aux côtés de trois autres ONG internationales, nous avions également porté ces préoccupations lors de l'assemblée générale de SOCFIN à travers une action de sensibilisation pacifique.

La réponse de SOCFIN ne s'est pas fait attendre. L'entreprise a porté plainte contre les ONG et sept de leurs collaborateurs et collaboratrices, réclamant des dommages et intérêts pour calomnie, diffamation et injures.

En 2024, la chambre du conseil du tribunal d'arrondissement de Luxembourg a prononcé un non-lieu, confirmant qu'aucune infraction ne pouvait être retenue dans cette affaire. Mais entre le dépôt de la plainte et cette décision, près de six années se sont écoulées. Six années marquées par des milliers d'euros de frais d'avocat, une lourde pression psychologique pour les personnes visées et un détournement de ressources qui auraient dû être consacrées à notre mission de solidarité internationale.

C'est précisément le mécanisme des poursuites-bâillon, également connues sous leur acronyme anglais SLAPP (Strategic Lawsuits Against Public Participation). Ces procédures judiciaires ne visent pas à obtenir justice, mais à intimider, épuiser et réduire au silence les organisations de la société civile, les journalistes ou les défenseur·e·s des droits humains.

 

Une contre-attaque pour défendre la démocratie

Face à ces pratiques, Humundi, FIAN Belgique et le CNCD-11.11.11, avec le soutien de SOS Faim, ont lancé la campagne « On ne se taira pas ».

Les ONG ont déposé une plainte contre SOCFIN au Luxembourg pour procédure abusive. Leur objectif est clair : envoyer un signal fort aux entreprises qui utilisent leur puissance financière pour tenter de museler la société civile.

Comme le rappellent les organisations à l'origine de cette initiative : « Les multinationales et ceux qui les dirigent ne peuvent pas utiliser leur puissance financière pour museler la société civile. »

 

Défendre les droits, ici comme ailleurs

À SOS Faim, nous soutenons les organisations de la société civile au Luxembourg comme dans nos pays partenaires en Afrique. La solidarité internationale repose sur des valeurs fondamentales : les droits humains, la démocratie et la liberté d'expression.

Pourtant, partout dans le monde, ces principes sont fragilisés par la montée des régimes autoritaires et par la réduction progressive de l'espace civique, sous l'influence d'acteurs politiques ou économiques qui remettent en cause les droits fondamentaux.

Aujourd'hui, défendre les personnes qui dénoncent les injustices, c'est aussi défendre la démocratie.

Joignez-vous à nous pour dire, vous aussi : nous ne nous tairons pas ! Découvrez la campagne « On ne se taira pas ».


Articlé rédigé par Sebastian Weier, Responsable plaidoyer politique SOS Faim.