Niger : du riz local contre la crise alimentaire

De la guerre russo-ukrainienne vers une crise alimentaire majeure

Le conflit russo-ukrainien va encore aggraver la flambée des prix des denrées alimentaires dans les mois à venir. La capacité des pays les plus vulnérables à importer leur nourriture va être davantage mise en péril. Toutefois, la guerre en Ukraine ne fait qu’amplifier les difficultés, déjà immenses, liées aux conséquences de la pandémie du Covid-19, à l’instabilité politique et sécuritaire et aux conséquences du changement climatique.

En effet, la Russie et l’Ukraine comptent parmi les plus importants producteurs de denrées alimentaires du monde. Les exportations des deux pays représentent un tiers des exportations mondiales de céréales. Ces pays jouent un rôle majeur dans l’approvisionnement des marchés mondiaux de denrées alimentaires, particulièrement de blé, de maïs, de graines et de l’huile de tournesol.

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, appelle à « faire tout ce qui est possible pour éviter un ouragan de la faim. » Face à l’augmentation des prix des denrées alimentaires, des mesures d’urgence doivent être prises. Mais cette réponse à court terme ne doit pas remettre en cause le besoin d’une transformation profonde de nos systèmes alimentaires. Comme le souligne Olivier De Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation et membre de SOS Faim : « Il faut aider les pays dépendants des matières premières à reconquérir leur capacité à produire pour eux-mêmes, ce qui demande une programmation sur plusieurs années. »

Dans ce sens, SOS Faim soutient des organisations paysannes comme la FUCOPRI, une organisation de riziculteurs au Niger.

La situation au Niger

L’agriculture sahélienne repose sur un équilibre précaire fortement menacé par le dérèglement climatique. L’alternance des saisons se caractérise par une grande irrégularité avec des périodes de sécheresse, suivies de fortes précipitations conduisant régulièrement à des inondations.

Au Niger, la persistance de l’insécurité et les aléas climatiques risquent d’impacter sévèrement la vie des populations déjà fragiles. 2021 a été marquée par une mauvaise répartition des pluies sur la saison. Parallèlement, des conflits violents et une insécurité généralisée dans certaines régions empêchent les paysans et les éleveurs d’exercer leurs activités.

Le résultat est un grave déficit de la production céréalière, base de l’alimentation des Nigériens, de l’ordre de 37% à 40% de la production habituelle (d’après le Dispositif National de Prévention et de Gestion des Crises Alimentaires du Niger). Actuellement, on constate également des prix anormalement élevés des denrées alimentaires (de plus de 30% supérieurs à la moyenne saisonnière). Cette flambée des prix, non seulement due aux conséquences des mesures sanitaires mises en place suite à la propagation du Covid-19 et des effets du changement climatique, sera encore amplifiée par la guerre en Ukraine.

Selon le gouvernement nigérien, la crise alimentaire qui s’annonce sera l’une des plus graves de ces 20 dernières années.

Le riz

La situation du Niger, où l’agriculture est fortement dominée par les cultures pluviales soumises aux aléas climatiques, favorise le développement des cultures irriguées comme la riziculture. Depuis une cinquantaine d’années, le riz a pris une place de plus en plus importante dans les habitudes alimentaires des Nigériens. Malheureusement, cette céréale est encore majoritairement importée d’Asie du Sud-Est.

Au Niger, le taux de dépendance aux importations se situe autour de 87% pour le riz, d’après le Foreign Agricultural Service du U.S. Department of Agriculture. La sécurité alimentaire de la population peut donc être menacée lors de crises comme la hausse des prix alimentaires en 2008, la pandémie mondiale liée au Covid-19 en 2020 ou encore l’invasion de la Russie en Ukraine en 2022.

La riziculture est pourtant possible en climat sahélien, sous réserve de réunir les conditions pour encourager cette production localement.

La Fédération des Unions des Coopératives des Producteurs de Riz (FUCOPRI)

SOS Faim travaille au Niger avec les producteurs de riz organisés au sein d’une Fédération, la FUCOPRI, qui rassemble près de 32.000 agriculteurs regroupés en coopératives.

Créée en 2001, l’organisation paysanne fournit plusieurs services à ses membres comme du conseil technique pour améliorer durablement la production et la valeur ajoutée dégagée par les riziculteurs, des appuis divers comme l’approvisionnement en intrants, le financement, la transformation et la commercialisation. Par ailleurs, elle représente les intérêts de ses membres auprès du gouvernement nigérien et des partenaires.

L’organisation des Journées des riziculteurs et de promotion du riz local au Niger est un élément phare de l’action de la FUCOPRI. Ces journées ont comme objectif de favoriser le dialogue entre producteurs et partenaires afin d’échanger sur les difficultés rencontrées, proposer des solutions et réfléchir sur les perspectives du développement de la filière.

Les organisations paysannes comme la FUCOPRI s’adaptent au changement climatique et promeuvent la riziculture tout en préservant les ressources naturelles.

SOS Faim encourage en Europe comme en Afrique le « produire et consommer local » pour ses nombreux bénéfices :

  • L’approvisionnement alimentaire des populations par la production locale, en réduisant la dépendance aux importations, permet d’être plus « résilient » en cas de choc ou d’évolution des cours sur les marchés internationaux.
  • Avec le renforcement de l’économie locale (agriculteurs, transformateurs, intermédiaires, commerçants) c’est toute une économie qui est développée autour de la production locale, générant des revenus et offrant de l’emploi.
  • L’accès à des produits de qualité, riches en vitamines et micronutriments, car récoltés à maturité, puis revendus sur les marchés de proximité et consommés rapidement.

SOS Faim et la FUCOPRI

Face aux menaces qui pèsent sur la sécurité alimentaire du monde et de l’Afrique, il est aujourd’hui plus que jamais important d’encourager la production alimentaire locale. Au Niger, la FUCOPRI promeut la production locale de riz, qui permet non seulement de réduire la dépendance au blé ukrainien et russe mais aussi aux importations de riz d’Asie. Produire localement et favoriser les échanges de produits agricoles et alimentaires sous-régionaux constituent une piste importante pour la souveraineté alimentaire ouest africaine et la création d’emplois.

EN 2022, SOS FAIM DOIT MOBILISER 10.000€ DE DONS POUR AIDER LA FUCOPRI À PROMOUVOIR LA PRODUCTION DE RIZ AU NIGER. CE MONTANT EST ENSUITE MULTIPLIÉ PAR QUATRE PAR LE COFINANCEMENT DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ETRANGÈRES ET EUROPÉENNES (DIRECTION DE LA COOPÉRATION).

Ensemble, agissons pour la souveraineté alimentaire du Niger !

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