Les recommandations de la société civile aux chefs d’État sur les migrations et le développement

Les recommandations de la société civile aux chefs d’État sur les migrations et le développement

Communiquée de presse 25 juin.

Depuis le début de cette année, plus de 1.800 personnes sont mortes dans la Méditerranée en essayant de rejoindre les côtes européennes. Ce chiffre est 50 fois supérieur aux données enregistrées sur la même période en 2014.

Les nombreux conflits dans des pays proches de l’Europe, une crise globale et continue de déplacement de populations et l’absence de canaux réguliers permettant l’accès à l’Europe ont poussé des personnes à fuir la guerre, le chaos et le désespoir, en prenant de grands risques, et pour certains, d’affronter la mort. L’Union européenne ne peut feindre d’ignorer sa responsabilité concernant la situation et doit urgemment se mobiliser pour surmonter ce problème. Le moment est arrivé d’honorer les valeurs fondatrices de l’Europe que sont la solidarité et la défense des droits humains.

CONCORD et le Cercle de Coopération appellent les leaders européens, à l’occasion de leur réunion à Bruxelles cette semaine, d’agir conformément à la sécurité des personnes et leur droit au bien-être.

Faire de la migration un moteur du développement

Pour CONCORD, les tragédies en mer – prévisibles et continues – illustrent la gestion dramatique de l’UE concernant les politiques migratoires. Sécurité et contrôle des frontières priment sur la sécurité des êtres humains arrivant sur les côtes, ce qui est contraire aux valeurs fondamentales de la Charte européenne.

L’approche actuelle de renforcement des frontières ne protège ni le droit humain fondamental à la vie, ni ne respecte les traités internationaux et régionaux en matière de protection visant ceux qui fuient les persécutions, de graves violations des droits humains et la torture ; les victimes des trafiquants d’être humain et les contrebandiers ; et les enfants.

CONCORD regrette que la migration soit considérée comme une composante de la politique sécuritaire plutôt qu’un moteur de développement.

CONCORD demande aux Chefs d’Etat de réaffirmer, comme l’ont fait récemment les Ministres du Développement européens, que l’UE s’engage à travailler sur « les liens entre migration et développement » en soulignant que « la coopération au développement peut contribuer à ce que la migration devienne un choix et non une nécessitée ».

L’UE doit augmenter l’investissement pour l’instauration d’un développement inclusif, pour le respect d’un travail décent et la protection sociale dans les pays d’origine, pour que la migration devienne une option parmi d’autres et non une nécessité comme c’est le cas aujourd’hui.  L’UE doit élaborer une nouvelle politique humanitaire et de développement  pour prévenir des crises et des conflits, ainsi qu’une politique de sécurité et une politique commerciale cohérente avec les objectifs de développement.

Par ailleurs, pour ce qui est de la coopération avec des pays tiers, l’UE doit refuser les négociations avec des pays qui ne respectent pas les droits humains.

Ouvrir des voies légales de migration

Les restrictions de la mobilité et les contrôles des frontières actuellement en place créent des marchés lucratifs pour les trafiquants. Aussi longtemps que les voies légales d’immigration vers l’Europe resteront fermées, la vie des migrants reste en danger et leur droit d’asile est nié.

CONCORD demande aux Chefs d’Etat d’adopter des mesures d’ouverture des voies d’immigration légales, sûres et réalistes, afin de réduire la migration irrégulière et permettant ainsi aux personnes de venir en Europe sans risquer leur vie.

Plus spécifiquement, l’UE devrait adopter des propositions favorisant une migration légale et sécurisée pour les personnes à faible qualification/ éducation qui constituent la majorité de celles et ceux qui continueront le trajet vers Europe. La « carte bleue » qui tend à « choisir » nos migrants ne tient pas compte de la réalité du terrain et de la nécessité pour des migrants économiques de légitimement venir rechercher des emplois et des conditions de vie satisfaisantes. Il faut également préciser que cette migration choisie alimente la fuite des cerveaux et des savoirs dans les pays d’origine.

Responsabilité partagée

Nous exhortons les Chefs d’Etat de s’accorder sur un mécanisme de partage des responsabilités entre les Etats – membres. Il s’agit notamment d’adopter des mesures contraignantes – et pas volontaires – pour tous les Etats – membre concernant l’accueil et la prise en charge des migrants, respectant la dignité humaine et considérant de façon spécifique les besoins des groupes vulnérables comme les femmes, les mères, les enfants, les jeunes, les personnes avec problèmes de santé, etc…

Il est primordial que les solutions préconisées par l’UE réaffirment la protection des refugiés et le droit d’asile.

La proposition de la Commission européenne concernant la répartition des migrants entre les états – membre ne répond pas au nombre important de migrants qui affluent aujourd’hui et qui continueront à affluer dans les mois à venir. CONCORD questionne la catégorisation des réfugiés prévue par la Commission qui ne considère pas le droit à la solidarité européenne pour les demandeurs d’asile. L’Italie et la Grèce risquent de continuer à assurer seuls l’accueil des migrants. La politique de répartition proposée par la CE est un aveu d’échec du règlement de Dublin.

Les Chefs d’Etat doivent s’assurer de la prise en compte et du traitement du dossier de chaque demandeur d’asile dans le pays de son choix.

Pour plus d’informations:

CONCORD PCD Coordinator Blandine Bouniol, Blandine.Bouniol@concordeurope.org – Tel. +32 (0) 2 743 87 61

Cercle de Coopération, christine.dahm@cercle.lu – Tel. 260209 11

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