Décembre 2019
Organisé par l’ASTM, FDH,
SOS Faim et le Cercle des ONGD le 15 novembre 2019, ce séminaire visait à faire
connaître la Déclaration des droits des paysans adoptée par les Nations Unies
en 2018, mais aussi à lancer des pistes d’actions concrètes pour le Luxembourg à travers sa politique
agricole et sa politique de coopération au développement. Selon les
organisateurs, le Luxembourg est amené à jouer un rôle moteur dans cette mise
en œuvre dans la mesure où il a été, avec le Portugal, le seul pays de l’Union
européenne à oser soutenir cette Déclaration ayant une immense valeur pour le
monde paysan qui reste largement majoritaire dans la grande majorité des pays
en développement.
Comment faire sortir de l’invisibilité juridique et politique le
monde paysan, fort de quelques 500 millions de personnes ? C’est fondamentalement le défi relevé
au cours des 20 dernières années par une groupe d’hommes et de femmes qui s’est
étoffé au fil des années. Ces années sont celle
d’une lutte mais aussi d’une maturation pour que ce qui, à l’origine,
était une réaction à trop d’injustices, devienne un Déclaration des paysans,
avant d’éclore en une déclaration des Nations Unies. Ce processus a été retracé
par certains de ses acteurs :
Geneviève Savigny,
Confédération Paysanne, CVC/LVC, France
Massa Kone, Porte-Parole de
la CGLTE OA, Mali
Astrid Bouchedor, FIAN
Belgique
Melik Ozdem, CETIM, Suisse
Christophe Golay de l’Académie
de droit international humanitaire et de droits humains à Genève a ensuite parcouru
la Déclaration pour en extraire les articles phare qui fixent de nouvelles normes et des devoirs
pour les Etats appelés à revoir un certain nombre de leurs politiques dans des
domaines variés. Par exemple, certaines normes du droit international
commercial devront être ignorées ou modifiées afin de protéger le droit aux
semences des paysans.
Melik Özden directeur du CETIM
à Genève a pu témoigner de la manière dont la Suisse, dont les autorités
fédérales étaient à première vue hostile à l’adoption de cette Déclaration, ont
finalement dues se rallier au soutien réclamé par la société civile suisse soucieuse
de lutter contre l’accaparement des terres et plus globalement contre l’impasse
représentée par l’industrialisation croissante de l’agriculture.
A l’issue de cette matinée qui a rassemblée quelques soixante-dix
personnes, l’après-midi a été consacrée à la réflexion pour une mise en œuvre au niveau des politiques
luxembourgeoises.
Plusieurs exposés thématiques ont permis de sérier les grands
défis posés par les acquis de la Déclaration:
Seul intervenant de la société civile luxembourgeoise Frank Adams,
maître semencier et fondateur de l’association SEED, a présenté le droit aux semences et à la biodiversité
cultivée comme constituant un levier essentiel pour contrer le droit à la
propriété intellectuelle qui régit actuellement la commercialisation des
semences certifiées.
Plusieurs activistes membres d’organisations des sociétés civiles
des pays en développement se sont ensuite succédé.
Maïrama
Haman Bello, APESS (Cameroun) a
illustré la nécessité d’abolir les discriminations envers
les femmes et les populations rurales ;
Ibrahim
Diori, d’Alternatives Espace Citoyen (Niger)
a exposé le droit à l’alimentation et à la souveraineté alimentaire ;
Ronaldo
Galeano, CUC (Guatemala) a développé
le droit à la participation citoyenne ;
Massa
Kone (Mali), Porte-Parole de la Convergence
Globale des Luttes Terre et Eau en Afrique de l’Ouest, a témoigné de
l’engagement des sociétés civiles ouest africaines en faveur de la
reconnaissance du
droit à la terre et aux autres ressources naturelles.
Les interventions de Raymond Weber, ancien directeur de Lux Dev et
actuel président de SOS Faim, qui a assuré l’introduction et la conclusion de
la journée, ainsi que celle de Jean Feyder, ancien ambassadeur du Luxembourg
pour les institutions de Genève ont insisté sur le potentiel de la Déclaration à
apporter davantage de justice et d’égalité dans le monde et ont, comme plusieurs autres intervenants, porté un
regard très visionnaire sur la Déclaration.
Si le Ministre de l’Agriculture n’a finalement pas pu participer à
l’événement, Madame Lenert, Ministre de la Coopération et de l’Action
Humanitaire, a souligné la portée hautement symbolique de la Déclaration. Dans
les mois à venir, il s’agira d’intensifier le dialogue avec le gouvernement sur
les mesures concrètes à prendre pour traduire la Déclaration dans les
faits.
Pour les organisations
partenaires, le bilan est positif dans la mesure où le séminaire a été
l’occasion de braquer les projecteurs sur une Déclaration passée inaperçue au
niveau des instances gouvernementales du Luxembourg. Il a également permis de
rassembler outre des représentants ministériels, des universitaires et des
acteurs de la société civile qui ont à cœur de faire progresser l’approche par
les droits et de revendiquer une prise de conscience de la dette que l’imposition
de politiques néo-libérales par les pays industrialisés ont contracté envers
les pays en développement.